Les épaves napoléoniennes le Lion et le Robuste en Méditerranée

(Frontignan, 34)

 

 

Auteur : Jonathan Letuppe (Areap - SRAssmf - Éveha)

Numéro d’OA : - 1692 -

Responsable de l’opération : Jonathan Letuppe (Areap - SRAssmf - Éveha)

Nature de l’opération : sondage (2010), fouilles programmées (2011 à 2013)

Façade maritime : Méditerranée

Région : Occitanie

Département : Hérault (34)

Commune : Frontignan (34100)

Mots-clés : épaves napoléoniennes, architecture navale, artillerie de mer, dendrochronologie, calfatage

Chronologie : période moderne

 

Le premier site lié à l'épisode naval des Aresquiers de 1809, Aresquiers 1.1, a été découvert par M. Cécil Blanes en 1974 lors d'une plongée loisir. À la suite, d'autres morceaux d'épaves ont été découverts et déclarés par le CNF (Centre Nautique de Frontignan) devenu aujourd'hui SRAssmf (Section de Recherches Archéologiques Subaquatiques et Sous-Marines de Frontignan). Ces différents sites sont enregistrés sous la dénomination Aresquiers 1 dans la base Patriarche du DRASSM. Aujourd'hui, ce sont quatorze sites qui ont été découverts.

 

  • Le contexte historique

Après la défaite de la flotte française à Trafalgar en 1805, Napoléon décide le Blocus continental afin d'affaiblir économiquement l'Angleterre. Renonçant à la maitrise des mers, il s'engage dans une politique d'expansion terrestre.

De 1808 à 1813, la campagne d'Espagne oppose l'armée française de Napoléon Ier et les insurgés espagnols aidés par les anglais. Cette guerre est née suite, entre autre, à la volonté de Napoléon de mieux contrôler l'Espagne afin de conforter le Blocus continental contre l'Angleterre. Le roi d'Espagne Charles IV ainsi que son fils Ferdinand abdiquent en mai 1808 en faveur de Napoléon qui décide de mettre sur le trône d'Espagne son frère Joseph Bonaparte. Dès mai 1808, les espagnols se soulèvent face à l'occupation française. L'armée française recule face aux révoltés. Plus de 200 000 soldats français sont en Espagne. Le siège de Gérone par les français, commencé le 06 mai 1809, bloque le passage entre les Pyrénées et Barcelone et rend difficile le ravitaillement en vivre et en munitions des troupes françaises d'occupation.

 

Le seul moyen efficace reste la voie maritime, mais une escadre anglaise assure le blocus maritime de la Catalogne. La flotte française de la Méditerranée est alors mise à contribution pour servir d’escorte aux convois de Toulon à Barcelone qui sont souvent attaqués par la Royal Navy.

 

Au début de 1809, l’Empereur prépare lui- même l’organisation d’un convoi naval à destination de Barcelone. Le 19 mars, il fixe minutieusement les détails de l'expédition : nombre et tonnage des vaisseaux, itinéraire, escales et cargaison. La préparation dure plusieurs mois. Le 21 octobre, 19 navires marchands et 2 gabares quittent Toulon sous la protection de 5 bâtiments militaires : 3 vaisseaux (un 80 canons = le Robuste et deux 74 canons = le Borée et le Lion ) et 2 frégates de 44 canons, l'Amélie et la Pauline.

 

Échaudé par l'épisode du printemps, Collingwood abandonne la station du Cap Sicié pour croiser en haute mer laissant les frégates la Pomone et l'Alceste garder les côtes de Provence. Le 21 au matin, appareille de Toulon un convoi transportant 20 000 quintaux de blé, 5000 de farine, 3700 de biscuits, 1500 de riz, 8000 cartouches, 2000 balles, 14 000 étoupilles et 1670 lancers à feu à destination de Rosas, afin de ravitailler les troupes françaises sur place. En même temps, 4 navires qui ne font pas partie du convoi : l'Ajax, le Génois, la Pénélope et la Pomone, partent en surveillance au large. Le 21 octobre 1809 à midi, alors que tous les navires n'ont pas encore doublé le cap Cépet, L'Ajax, navire français, signale deux voiles à 3 lieues au sud-est (12 km), sans doute la Pomone du commandant anglais Barrie qui part aussitôt prévenir Collingwood qui croise plus à l'ouest.

 

Jusqu'au 24 octobre au matin, le convoi ne rencontre aucune force ennemie. À quelques milles en vue de la côte de Barcelone, six voiles ennemies sont aperçues. Baudin décide alors de faire larguer les remorques et d'attirer au large les anglais. Quelques heures plus tard ce ne sont plus six mais vingt-six voiles ennemies qui sont aperçues. Les cinq bâtiments français restent ensemble et se dirigent vers Les Tignes pour trouver refuge. Il fait jour lorsqu'ils y arrivent, les anglais comprennent donc leurs intentions. Baudin fait remonter plus au nord l'escadre pour rejoindre Aigues-Mortes tout en donnant l'ordre à l'Amélie, la plus rapide de l'escadre, de gagner le port de Marseille. L'idée de Baudin de trouver protection à Aigues-Mortes grâce aux canons de plage qui s'y trouvent ne peut aboutir : il n'y a pas assez d'eau pour que les bâtiments puissent s'approcher assez près de la côte et y trouver protection. Ordre est donné de suivre la côte au plus près dans le but de gagner le port de Sète.

 

Le 25 octobre 1809 à 11h15, les trois vaisseaux talonnent sur un banc rocheux. Seul le Borée arrive à repartir et entrer dans le port de Sète où se trouvait déjà la Pauline. Le Lion et le Robuste, échoués, tentent de se renflouer, mais l'eau pénètre dans les cales. Échoués parallèlement à la côte, les équipages descendent au poste de combat bâbord face à 6 vaisseaux anglais. À 13h, 120 hommes des détachements embarqués sont mis à terre et les navires s'efforcent de s'alléger.

 

Dans la nuit, quatre vaisseaux anglais s’approchent des français et à 11h15, le 26, ils mettent plusieurs canots à l’eau décidés à attaquer. Baudin fait tirer et envoie lui aussi trois canots à l’eau. L’ennemi recule. Pensant la partie perdue, le contre-amiral fait évacuer complètement les navires à 18h : il y a 2,50m d’eau dans la cale du Robuste. Six vaisseaux anglais se préparent pour l’attaque (un trois-ponts, deux 80 canons, trois 74 canons). À 19h40, Baudin fait allumer les bûchers et quitte Le Robuste avec le commandant Legras, tandis que le commandant Bonamy s’éloigne du Lion. L’état major rejoint Le Borée à Sète à 22 h. Le feu atteint la poudre : le Lion explose à 22h, puis le Robuste à 22h30.

 

  • L'origine des recherches

Suite à l'apparition de pilleurs sur le plateau des Aresquiers de Frontignan, une association est créée afin de lutter contre le pillage de ce patrimoine. Des recherches sont ensuite menées afin de pouvoir localiser les différents morceaux d'épaves qui se découvrent suite aux coups de mer hivernaux. Le mobilier est remonté afin de le protéger des "plongeurs indélicats". Même si la volonté de protéger le mobilier du pillage a motivé cette démarche, il n'en reste pas moins que bon nombre d'objets ont disparu suite au non-suivi de leur traitement. Des autorisations émanant du DRASSM ont été acceptées auprès de l'association, permettant ainsi diverses prospections et sondages.

 

La consultation des différents rapports de la SRAssmf a permis de cerner un potentiel archéologique unique en sur les côtes méditerranéennes françaises. Il a donc été envisagé de reprendre le travail de l'association, à savoir une étude précise de chaque site, protéger ce patrimoine archéologique encore méconnu, sensibiliser le public, valoriser et communiquer les résultats de la recherche.

 

  • La reprise des études et de la recherche sur le plateau des Aresquiers

Après avoir plongé sur quelques-uns des morceaux enregistrés sous la dénomination commune Aresquiers 1, il s'est avéré, en comparaison avec les données présentées dans les différents rapports de la SRAssmf, que les éléments architecturaux subissaient une érosion particulièrement agressive. Cette perte de données archéologiques s'explique par les différents coups de mer relativement importants dans cette zone géographique, mais aussi à cause de la présence de plongeurs indélicats. Connus par les pêcheurs et plongeurs locaux, ces sites sont très visités et pillés. Les prélèvements des éléments en cuivre qui servent à l'assemblage de la charpente n'ont pour effet que le démembrement des différentes entités de chaque structure et donc une perte inévitable de données archéologiques. De même, le chalutage autorisé dans cette zone favorise la fragilisation des structures et par là même à moyen terme le démembrement.

 

Il n'est malheureusement pas rare d'observer à chaque début de campagne de fouilles la présence d'éléments externes de la coque à l'intérieur de celle-ci. En effet, le cuivre qui se revend à des prix élevés est plus facilement prélevable sur la face externe de la coque où se trouvent les plaque de doublage en cuivre assemblées à cette dernière au moyen de nombreux petits clous eux-mêmes en cuivre. Tombant du contenant du plongeur indélicat, ces éléments se retrouvent alors à l'intérieur de la coque. À noter ici que depuis la reprise des études sur ces sites, l'attention des autorités compétentes a été attirée sur ce point. Ainsi, les Affaires Maritimes de Sète ont été invitées à plonger sur site en 2012 afin de pouvoir dresser un état des dégradations et de sensibiliser au type de mobilier prélevé sur ces morceaux d'épaves.

 

  • Des données archéologiques exceptionnelles

La collecte des données issues de plusieurs des morceaux d'épaves, permet de définir le travail comme étant riche en données archéologiques en terme d'architecture navale. Les comparaisons avec les données recueillies sur d'autres épaves de ce type en font véritablement des sites uniques.

 

  • 2013: dernière campagne sur Aresquiers 1

Il est important ici de souligner que seuls quatre sites ont été étudiés: Aresquiers 1.1, 1.2, 1.3 et 1.5. D'autres sites mériteraient la poursuite de nos recherches comme Aresquiers 1.4. Ce site, sur lequel quelques sondages ont été réalisés par le CNF, correspond à un épandage de mobilier archéologique lié à l'épisode naval. Ce mobilier passe de la simple balle de mousquet à la plaque de Shako, en passant par des boutons d'uniformes, des éléments de charpente, etc. Une prospection sur ce site avec l'aide de détecteurs sous-marins a révélé une zone concrétionnée faisant écho sur une longueur d'environ 120m par 50m. La présence de nombreux boulets et de tout autre mobilier de construction métallique ont favorisé la création d'une surface indurée qui correspond à de la diffusion métallique en milieu salin. Cette zone mériterait une fouille sur plusieurs mois, tant la richesse archéologique est importante. Cependant, de gros moyens financiers pour permettre les traitements de stabilisation et de restauration sont nécessaires. De même, les zones de stockage préventif ainsi que le suivi régulier du mobilier (contrôle et changement des bains pour le processus de désalinisation, l'inventaire et l'enregistrement de chaque objet) requièrent de grands moyens également.

 

Une campagne au sonar à balayage latéral en 2012 n'a pas permis de mettre en avant de nouveaux sites sur la zone. Une campagne au pénétrateur à sédiments aurait permis des pistes de recherches. Celle-ci aurait également permis de déterminer plus précisément la zone de talonnage des deux bâtiments. Cependant, les coûts élevés pour ce type de prospection n'ont pas pu avoir lieu au regard des différentes subventions qui nous ont été allouées.

 

  • L'épave napoléonienne le Robuste

Sa construction est ordonnée le 26 mars 1805 sur les plans de Jacques Noël Sané (1740-1831). Elle commence en avril 1805 sur le chantier de Toulon. Le vaisseau est mis à flot le 30 octobre 1806. Le 6 mai 1807 il est armé à Toulon par le commandant Infernet.

 

Du 24 avril 1809 au 1er mai 1809, il quitte Toulon pour ravitailler Barcelone avec cinq vaisseaux sous le commandement du contre-amiral Cosmao-Kerjulien. Le 21 octobre 1809 il quitte à nouveau Toulon avec la division du contre-amiral Baudin pour ravitailler les troupes françaises basées à Barcelone. Il sera poursuivi le 26 octobre 1809 par le vice-amiral Collingwood. Il s'échoue entre Sète et Aigues-Mortes, puis est incendié par son équipage pour éviter la capture.

 

L'épave napoléonienne le Lion

Vaisseau de 74 canons dont la construction a commencé sur le chantier de Rochefort le 30 juin 1802 sous la direction de Filhon puis Bonjean sur les plans de Jacques Noël Sané. Il est fait mention de la présence de 80 canons. La quille est posée le 8 juillet 1802. Il est mis à flot le 12 janvier ou le 11 février 1804. Le 10 mai 1804 il est armé à Rochefort. Du 16 juillet au 24 décembre 1805 sous le commandant Soleil, il fait partie, avec neuf autres bâtiments armés, de la campagne « l'escadre invisible » dirigée par le chef de division Zacharie Allemand.

 

Le 31 mars 1807 il est désarmé pour être plus tard réarmé à Toulon le 1er juin 1808 sous le capitaine de vaisseau Bonamy. Le 21 octobre 1809 il quitte Toulon en escorte de convoi avec la division du contre-amiral Baudin pour ravitailler les troupes françaises basées à Barcelone. Poursuivi le 26 octobre 1809 par l'escadre du vice-amiral Collingwood, il subira le même sort que le Robuste.

 

L'ingénieur en charge de la réalisation du vaisseau est Paul Filhon (1768-1830, ingénieur 1ère classe), puis Antoine Nicolas François Bonjean (1778-1815, ingénieur de 2ème classe), sur les plans de Jacques Noël Sané.

 


Partenaires des campagnes 2010 à 2013:

 


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